Fabien David Sainthiar : Entre rythmes et images, l’empreinte d’un créateur polyvalent
Dans l’univers où se croisent rythmes, images et créativité, certains talents se distinguent par leur capacité à exceller dans plusieurs domaines à la fois. Fabien David Sainthiar fait partie de cette élite rare. Musicien passionné, percussionniste reconnu, photographe talentueux et créatif polyvalent, il incarne à lui seul une nouvelle génération d’artistes haïtiens capables d’allier tradition, modernité et innovation. Artiste aux multiples facettes, il est également graphiste, beatmaker, sérigraphe, monteur vidéo, sans oublier son rôle actuel d’animateur de l’émission Lekòl Lage, diffusée sur Magik 9. De ses premiers pas, baguettes improvisées en main, à ses collaborations avec des groupes prestigieux comme K-Zino et Maestro de T-Ansyto, en passant par son parcours remarquable au sein de Tickets Magazine, Fabien a construit une trajectoire où l’art devient un langage universel.
Né dans un environnement profondément marqué par la musique, Fabien découvre très tôt sa vocation. Dès l’âge de 5 ans, alors qu’il fréquentait l’école maternelle, il assiste à des spectacles de danse folklorique. Ce ne sont pas les danseurs qui captent le plus son attention, mais bien les tambourineurs, dont les rythmes envoûtants éveillent en lui une fascination sans limite. À la maison, il s’amusait déjà à transformer fourchettes et cuillères en baguettes, frappant la table au grand désarroi de ses parents. À cette époque, il confiait déjà à son père qu’il deviendrait musicien.
La musique résonnait quotidiennement dans son foyer. Son père, homme charismatique, animait régulièrement des groupes de prière à domicile. C’est dans ce cadre que Fabien, intrigué par les tambours et les batteries de l’église catholique qu’il fréquentait, se rapprocha peu à peu des musiciens, demandant souvent à s’asseoir près d’eux pour observer et apprendre.

L’initiation musicale
C’est au sein de l’église que Fabien fit ses premières armes comme percussionniste. Curieux et avide de perfectionnement, il entreprit des recherches personnelles pour améliorer la qualité de son jeu. Comme il l’explique : « Quand on joue d’un instrument, il ne suffit pas d’avoir du talent. Il faut aussi se documenter, apprendre des autres, comprendre ce que l’on pratique afin de mieux le maîtriser. » Avant même d’intégrer une école de musique, il avait déjà compris l’importance de conjuguer pratique et apprentissage théorique.
Le parcours du musicien
Fabien multiplie d’abord les expériences dans de petits groupes peu connus, mais son véritable tournant survient en 2017 lorsqu’il est contacté par Gérald, chanteur principal de K-Zino, pour intégrer le groupe en tant que tambourineur. À seulement 22 ans, il y découvre une expérience marquante et enrichissante. Lorsque K-Zino suspend ses activités en 2020, il rejoint ensuite Maestro, groupe dirigé par T-Ansyto, consolidant davantage son identité artistique.

L’entrée dans la photographie
En parallèle de la musique, Fabien développe un autre talent : la photographie. Entre 2015 et 2016, alors qu’il étudiait le réseau informatique à Canado Technique, il prend conscience de la montée en puissance de d’audiovisuel. Décidé à saisir cette opportunité, il se forme et lance sa propre entreprise baptisée « Kale Postè w » en 2016. Inspiré par des figures comme Anderson Flaco Gustave et Dezobri, il s’impose rapidement dans différents événements culturels.
Le grand déclic survient avec K-Zino, grâce à sa proximité avec Frédérick Alexis, l’un des photographes les plus respectés d’Haïti, et Gaëlle Alexis, qui faisait partie du staff management de K-Zino et rédactrice de Tickets Magazine à l’époque. Elle l’avait souvent remarqué, appareil photo à la main, suivant vidéographes et graphistes avec une curiosité insatiable. Impressionnée, elle lui propose en août 2018 de collaborer avec Tickets Magazine. Son entrée dans ce média constitue un véritable tremplin. En travaillant main dans la main avec Frédérick Alexis pendant plus de six ans, il perfectionne sa maîtrise technique et se forge une solide réputation dans le milieu.

Convictions et influences
Fabien est convaincu que chaque talent doit être cultivé et professionnalisé : « Ce que vous faites bien, ne le faites jamais gratuitement. Transformez vos dons en profession, c’est le meilleur moyen de réussir et de vivre dignement de votre passion. » Soutenu dès son enfance par son père et sa grande sœur, il a dû néanmoins dépasser les attentes d’une mère qui le voyait avocat ou ingénieur.
À ce sujet, il livre un conseil fort aux parents :« Lorsqu’un enfant montre un intérêt particulier très tôt, il faut l’encourager. L’excellence se construit dans la pratique précoce et la maturité vient consolider ce talent. »
Grand fan du groupe Zafèm, qu’il défend ardemment, Fabien précise toutefois n’en avoir jamais fait partie. En photographie, il se définit comme l’élève et collaborateur privilégié de Frédérick Alexis. En percussion, ses inspirations vont de Joël Widmaer à des figures telles que Roro (Djakout #1), Ritchy Klass, Shedly Abraham (Vayb), Yvon Jérôme (Mizik Mizik), (Wesner Saint-Louis,( Mizik Mizik), sans oublier le légendaire Azor (Rasin Mapou)et le talentueux Arole, qui l’ont marqué dès son enfance.
Comme tout début de parcours, les expériences ne furent pas sans épreuves. Fabien se souvient d’une inauguration où il devait immortaliser un moment crucial : la coupe du ruban. Placé dans une position inconfortable, accroupi pour mieux capter l’instant, il était sous un soleil accablant. La sueur dégoulinait, jusqu’à lui brûler les yeux, brouillant sa vision au moment même où l’action se déroulait. Malgré la gêne et la douleur, il réussit à déclencher, même si le cadrage n’était pas parfait. Cette expérience, loin de le décourager, lui apprit que chaque photographe doit savoir composer avec l’imprévu et transformer l’obstacle en apprentissage.

Projets et rêves d’avenir
Polyvalent et visionnaire, Fabien nourrit de grandes ambitions. Son rêve le plus cher est de créer le plus grand studio audiovisuel en Haïti, un espace dédié à la production musicale et visuelle. Avec son frère PM-Music , lui aussi musicien, il prépare déjà le projet AudioFactori, qui réunira musique et vidéo dans une synergie créative.
Ses conseils aux jeunes générations
Au-delà de sa carrière d’artiste et de photographe, Fabien David Sainthiar souhaite inspirer les jeunes qui marchent sur ses pas. Son message se veut clair et plein de réalisme :
« Mon conseil pour les jeunes qui montent, c’est de rester lucides et de ne pas vous engager dans un domaine dans lequel vous ne vous sentez pas à l’aise. Aujourd’hui, l’audiovisuel occupe une place centrale. Si vous constatez que vous n’êtes pas fait pour la médecine, ou que vous n’avez pas pu intégrer une université de génie civil, ne restez pas inactifs. Il y aura toujours une voie où vous pourrez vous épanouir et trouver votre place dans la société, à condition d’y exceller.
De nos jours, les métiers manuels sont très demandés : vous pouvez devenir photographe, plombier, apprendre à poser de la céramique ou à installer des panneaux solaires. Tous ces domaines offrent des opportunités réelles et rémunératrices. Ne restez pas passifs sous prétexte que vous n’avez pas étudié la médecine ou le droit. Décidez plutôt d’apprendre un métier, car il vous sera toujours utile pour demain. »
De l’enfant émerveillé par les tambours de l’église à l’artiste accompli, Fabien David Sainthiar illustre la puissance de la passion alliée à la persévérance. Musicien, photographe, graphiste, beatmaker et créateur infatigable, il s’impose aujourd’hui comme une figure montante de la scène artistique haïtienne. Entre rythmes et images, il poursuit son chemin avec une vision claire : faire rayonner ses talents au service de la culture, en Haïti et au-delà des frontières.

Fondatè & Redaktè Tapiwouj Magazine
