Percutant Le Slameur dévoile « 7 FÈY », un code de vie en huit leçons
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À l’écoute de Percutant, on pourrait presque oublier qu’il vient d’Haïti. Non pas parce qu’il s’en éloigne, mais parce qu’il transforme sa langue en un territoire sans frontière. Son accent, ses images, ses jeux de mots et cette manière singulière de faire danser les syllabes donnent à sa parole une couleur difficile à enfermer dans une seule géographie.
De son vrai nom Alex Theolien, Percutant Le Slameur avance avec une plume qui ne cherche ni le bruit ni la facilité. Il observe, creuse, confronte les idées et transforme les mots en matière à réflexion. Son parcours s’est ainsi dessiné dans cette volonté de faire du slam un espace où la parole ne se contente pas de passer : elle s’arrête, dérange et demeure.
Chez lui, le mot n’est jamais posé au hasard. Il porte une image, une tension, parfois une énigme. Le français, le créole et les sonorités de la langue deviennent entre ses mains des instruments capables de déplacer le regard. C’est peut-être là que réside une partie de sa singularité : faire entendre Haïti sans se laisser enfermer par ses frontières.
« 7 FÈY », quand le texte devient un code de vie
Avec « 7 FÈY », Percutant pousse encore plus loin cette démarche. Le texte n’est pas présenté comme une simple chanson, mais comme un véritable code de vie.
À travers huit leçons morales, l’artiste propose une réflexion sur la vision, les obstacles, le conflit, la création, la fragilité, le temps, le corps et le lien entre l’être humain et l’univers.
La leçon de la vision
« Vizyon, son vèsyon ki vèse vètikalman. »
Tout le monde regarde à l’horizontale, vers ce qui se trouve devant lui. Le sage, lui, regarde aussi à la verticale, vers ce qui vient d’en haut.
La première leçon de « 7 FÈY » invite ainsi à changer de perspective. La vérité ne se trouve pas toujours face à nous. Encore faut-il savoir lever les yeux pour la recevoir.
La leçon du pont
« Tout mi son pon pou rasi. »
Dans cette deuxième leçon, le mur cesse d’être uniquement un obstacle. Il devient une matière première.
Ce qui a été construit pour empêcher d’avancer peut finalement servir à construire le chemin. Le mur de l’ennemi peut devenir le pont de celui qui refuse de rester bloqué.
La leçon du conflit
« Ke chak tit ki kòse ki fòse ki kòne ki kontre. »
Pour Percutant, la connaissance n’est pas une surface parfaitement lisse. Elle se construit dans la confrontation, le doute, la résistance et la contradiction.
Le conflit devient alors une école. Sans résistance, pas de véritable apprentissage.
La leçon de l’arroseur
C’est probablement l’un des cœurs de « 7 FÈY ».
« Lawouze wouze sa ki pa wouze. »
L’artiste invite à ne pas gaspiller son énergie sur les jardins qui sont déjà verts. Il faut savoir arroser ce que personne ne regarde, ce que personne ne nourrit.
Mais cette image dépasse également le monde extérieur. Pour l’artiste, il faut préserver sa propre voix. Garder sa gorge humide, continuer à créer, continuer à parler.
Car lorsqu’une voix se dessèche, c’est une partie de l’artiste qui disparaît.
La leçon de la fragilité
« Frajilite yo se kout pik. »
La fragilité peut tromper.
Ce que certains prennent pour une faiblesse peut cacher une force capable de creuser profondément. Comme une pioche qui traverse la terre à la recherche de l’eau, la vulnérabilité peut devenir une source de puissance.
Percutant renverse ainsi le regard porté sur la faiblesse : ce qui semble fragile peut être précisément ce qui permet de survivre.
La leçon du temps
« Tan bougonnen. Tan boulonnen. Tan brannen. Tan degrennen gout pa gout. »
Ici, le temps n’est plus seulement une horloge.
Il devient un rythme, un tambour qui gronde, avance, se déroule et tombe goutte après goutte.
« 7 FÈY » ne propose pas de courir après le temps. Il invite plutôt à apprendre son rythme, à accepter ses détours et à avancer avec lui.
La leçon du corps
« Kò nwaye. Kòt baye… Se ekzistans swè. Se ekzistans wè. »
Le corps devient ici un autre langage.
Il y a celui qui sue, celui qui travaille, et celui qui voit, celui qui comprend. Entre les deux, le corps raconte ce que la bouche ne dit pas toujours.
La fatigue, le silence, le souffle et les mouvements deviennent autant de signes d’une existence qui cherche encore sa lumière.
La leçon finale : l’enchaînement
« Linivè a son anchènman ki chematize nesans lòm. »
La dernière leçon élargit la réflexion.
Rien n’est séparé. La poussière, l’eau, le nuage, la feuille, le corps humain : tout appartient à une même chaîne.
L’homme n’existe donc pas en dehors de l’univers. Il en est une partie, une continuité, une expression.

Une nouvelle étape dans le parcours de Percutant
Avec « 7 FÈY », Percutant ne cherche pas simplement à ajouter un nouveau titre à son parcours. Il affirme une manière de créer.
Sa musique et son écriture deviennent des espaces de réflexion où les mots peuvent avoir plusieurs vies. Une phrase peut être entendue comme une image, puis revenir comme une question. Un mot peut sembler simple avant de révéler, quelques secondes plus tard, une autre profondeur.
C’est aussi ce qui donne à son univers cette impression d’étrangeté familière : on reconnaît la langue, mais on ne l’entend pas tout à fait de la même manière.
Percutant reste profondément attaché à la puissance du verbe, mais il refuse de lui imposer une seule direction.
Une voix qui choisit la profondeur
Dans un environnement musical souvent dominé par la vitesse, Percutant prend le temps de laisser les mots respirer.
« 7 FÈY » demande à être écouté, mais surtout entendu. Il demande au public de dépasser la première impression, de retourner aux phrases, de chercher ce qui se cache derrière les images.
C’est peut-être là toute la force de ce projet : ne pas donner immédiatement toutes les réponses.
Percutant pose les questions, ouvre les portes et laisse chacun entrer avec sa propre histoire.
Au fond, la morale de « 7 FÈY » tient dans une idée simple : changer de regard pour changer de compréhension.
Chaque mur peut devenir un pont. Chaque fragilité peut cacher une force. Chaque difficulté peut devenir une école. Et chaque voix, lorsqu’elle continue d’être nourrie, peut devenir une lumière.
Avec « 7 FÈY », Percutant Le Slameur propose finalement plus qu’un texte : il propose une manière de regarder le monde — et peut-être, surtout, une manière de se regarder soi-même.

Fondatè & Redaktè Tapiwouj Magazine
