Robenson Lauvince : le cinéma haïtien comme horizon
Du rêve d’un jeune Haïtien à une ambition internationale, le réalisateur veut raconter son pays autrement et contribuer à bâtir une industrie capable de porter ses histoires au-delà des frontières.
Il y a ceux qui font du cinéma pour raconter des histoires. Et puis il y a ceux pour qui raconter devient une manière de transmettre, de représenter et d’ouvrir un chemin. Robenson Lauvince appartient à cette deuxième catégorie.
Dans un entretien exclusif accordé à Tapiwouj Magazine, le réalisateur
haïtien revient sur son parcours, les sacrifices qui ont accompagné son ascension, son expérience autour de July 7: Who Killed the President of Haiti ? et sa vision
d’un cinéma haïtien appelé à prendre une place plus importante sur la scène internationale.
« Le cinéma me permettait de créer, mais aussi de donner une voix à notre culture
et de montrer Haïti sous un autre regard. »
Des rêves avant les projecteurs
Avant la caméra, il y avait simplement un jeune Haïtien avec de grands rêves.
Robenson Lauvince ne présente pas son parcours comme une succession de circonstances
favorables. Il évoque plutôt les difficultés, les sacrifices, la famille et les
expériences qui l’ont progressivement construit.
De ces années, il retient notamment deux choses : la discipline et la persévérance.
Des qualités qui deviendront essentielles lorsqu’il choisira de faire du cinéma
bien plus qu’une passion.
Quand la passion devient une mission
Le déclic vient avec la découverte du pouvoir d’une histoire.
Une histoire peut émouvoir. Elle peut questionner. Elle peut faire réfléchir.
Mais elle peut aussi modifier le regard porté sur une culture ou sur un pays.
Pour Robenson Lauvince, cette prise de conscience change progressivement la nature
de son rapport au cinéma.
La caméra devient alors un moyen de création, mais également un outil de représentation.
Ses premiers projets indépendants renforcent cette conviction. Diriger des acteurs,
être derrière la caméra et voir une histoire prendre vie lui permettent de comprendre
que la réalisation n’est plus seulement une passion.
C’est une vocation.
« July 7 », un tournant au-delà de l’écran
Parmi les projets qui ont marqué son parcours,
July 7: Who Killed the President of Haiti? occupe une place singulière.
Le film s’inscrit dans une période particulièrement importante de l’histoire récente
d’Haïti. Mais pour Robenson Lauvince, son importance dépasse également son sujet.
Voir une production haïtienne atteindre le marché américain et être projetée dans
des salles aux États-Unis représente une expérience qu’il considère comme particulièrement significative.
Parce qu’au-delà du film, il y a ce qu’il raconte sur les possibilités du cinéma haïtien.
Une histoire née en Haïti peut voyager.
Un film haïtien peut franchir les frontières. Un public international peut découvrir
des personnages et des récits issus de cette réalité.
Pour le réalisateur, cette expérience nourrit une ambition plus vaste : voir davantage
de productions haïtiennes accéder aux marchés internationaux.
Raconter Haïti avec un regard haïtien

L’identité occupe une place centrale dans la vision artistique de Robenson Lauvince.
Il considère Haïti comme un pays doté d’une histoire et d’une richesse culturelle
considérables, mais dont le récit a souvent été construit par des regards extérieurs.
Son désir est donc de participer à une autre narration.
Raconter Haïti par elle-même.
Pas en ignorant ses difficultés, mais en refusant également de réduire le pays à celles-ci.
« Notre pays ne peut pas être défini uniquement par ses difficultés. »
Derrière les crises existent une histoire, une culture, une mémoire, des personnages
et une identité.
Autant de matières que le cinéma peut transformer en récits capables de voyager.
L’émotion avant tout
Pour Robenson Lauvince, une production ne se résume pas à la beauté de ses images.
Une belle image peut attirer le regard.
Mais c’est l’histoire qui doit rester.
Cette recherche d’authenticité constitue l’un des principes qui guident sa réalisation.
Elle influence également son rapport aux équipes avec lesquelles il travaille.
Le talent compte, mais il ne suffit pas. Il recherche également la discipline,
l’humilité, le professionnalisme et l’esprit d’équipe.
Car au cinéma, derrière une vision individuelle se trouve toujours un travail collectif.
Le talent est là. L’industrie reste à construire.
Lorsqu’il évoque l’avenir du cinéma haïtien, Robenson Lauvince ne parle pas d’abord
d’un manque de talents.
Les talents existent. Les histoires aussi.
Le défi se situe davantage dans les structures capables de leur permettre de grandir.
Financement, formation, infrastructures, emplois et distribution apparaissent,
à ses yeux, comme des éléments essentiels à la construction d’une industrie durable.
Pour lui, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire des films.
Il faut également créer un environnement dans lequel les professionnels peuvent
travailler, apprendre, évoluer et faire carrière.
Une réussite qui doit profiter aux autres
Chez Robenson Lauvince, la notion d’héritage dépasse la question de la filmographie.
Il souhaite que son parcours puisse devenir un encouragement pour les jeunes Haïtiens
qui rêvent de cinéma.
Un jeune qui découvre son travail et se dit qu’il peut lui aussi devenir réalisateur,
producteur ou acteur à l’international représente déjà, pour lui, une forme de réussite.
Son ambition est ainsi liée à la transmission.
Ouvrir des portes pour que d’autres puissent aller plus loin.
« Ne pas attendre la permission »
Le conseil qu’il aurait aimé recevoir au début de son parcours tient en quelques mots : commencer.
Ne pas attendre d’avoir les moyens parfaits.
Ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies.
Créer avec ce que l’on possède. Apprendre. Travailler. Recommencer.
Pour le réalisateur, le métier se construit dans la pratique.
Et pour les jeunes Haïtiens qui souhaitent entrer dans le cinéma, leur identité
ne doit pas être considérée comme une limite.
Elle constitue une richesse narrative.
Une histoire que personne ne peut raconter exactement comme eux.
Rêver d’un grand cinéma haïtien
Si Robenson Lauvince pouvait produire un film sans aucune limite budgétaire,
il choisirait une grande histoire haïtienne.
Mais pas une petite production pensée uniquement pour le marché local.
Il imagine une œuvre portée par les moyens d’une grande production internationale.
Une manière de démontrer que les personnages et les événements de l’histoire haïtienne
peuvent également nourrir des récits capables de toucher le monde.
Son rêve est finalement celui d’un cinéma haïtien qui n’aurait plus besoin de demander sa place.
Un cinéma qui circule.
Un cinéma qui s’exporte.
Un cinéma dont les histoires peuvent être découvertes à Port-au-Prince comme à Miami,
Paris, Montréal ou ailleurs.
Laisser une trace, mais surtout ouvrir une voie
Dans vingt ou trente ans, Robenson Lauvince aimerait que l’on se souvienne de lui
autrement que par une liste de films.
Il souhaite que l’on retienne un homme qui a cru en sa vision.
Un réalisateur qui a travaillé pour la rendre possible.
Mais surtout, quelqu’un qui aura contribué à créer des possibilités pour ceux qui viendront après lui.
C’est peut-être là que réside le véritable fil conducteur de son parcours.
Parti d’un rêve individuel, Robenson Lauvince porte désormais une ambition collective.
Celle de voir les histoires haïtiennes sortir des frontières, rencontrer de nouveaux
publics et prendre leur place dans le paysage cinématographique international.
Derrière la caméra, il continue donc d’avancer avec la même conviction : les histoires existent déjà.
Il reste à leur donner les moyens de voyager.
« Imagine it. Achieve it. »

Fondatè & Redaktè Tapiwouj Magazine
