John Kerry, un parcours sans frontières
Derrière le nom de John Kerry se trouve Guitteau Jeune, né le 5 octobre 1996 à Arcahaie. Blogueur et créateur de contenu, il évolue depuis plusieurs années dans l’univers numérique avec une ambition qui dépasse largement TikTok : construire, plateforme après plateforme, une véritable identité médiatique internationale.
Son parcours est marqué par les recommencements. Des études au Chili à une arrivée aux États-Unis après un départ précipité, en passant par plusieurs pertes de comptes sur les réseaux sociaux, John Kerry a connu une trajectoire faite de ruptures, mais aussi de reconstruction. Une constante demeure : sa volonté de poursuivre.
De l’Arcahaie au monde numérique
Guitteau Jeune commence à créer du contenu en 2018. À ses débuts, son activité repose principalement sur le partage d’informations et de contenus consacrés à différentes personnalités, au sport, à l’actualité et au divertissement.
Avec le temps, les réseaux sociaux prennent une place croissante dans son parcours. TikTok devient l’une de ses principales vitrines, mais il refuse de limiter son activité à une seule plateforme. Instagram, Facebook, X, Twitch, Threads, Snapchat et YouTube font également partie de son écosystème numérique.
Cette présence multiplateforme correspond à une ambition clairement assumée : construire une identité médiatique capable de toucher des publics différents, au-delà des frontières.
Une partie de ses contenus les plus performants s’adresse d’ailleurs à une audience internationale, notamment grâce à l’utilisation de l’anglais et de l’espagnol. Cette dimension linguistique lui permet progressivement de dépasser le cadre d’un public uniquement haïtien ou francophone.
Le commerce international avant les médias
Avant de se consacrer davantage à la création de contenu, John Kerry suivait un parcours académique orienté vers le commerce international.
Après avoir terminé ses études secondaires en 2017 au Complejo Liceo Amanecer Araucanía, il intègre en 2018 l’INACAP, à Santiago du Chili, où il étudie le génie du commerce international.
À cette époque, son ambition est déjà tournée vers l’indépendance et les possibilités professionnelles dépassant les frontières d’un seul pays.
Mais en 2020, alors qu’il se trouve en troisième année de formation, un événement violent au cours duquel sa vie est menacée bouleverse son parcours. Il quitte le Chili, passe par le Mexique et arrive finalement aux États-Unis en 2022.
Aujourd’hui, il poursuit également ses études à Rutgers University, à New Brunswick, dans le New Jersey.
Ce parcours géographique — Haïti, Chili, Mexique, puis États-Unis a contribué à renforcer chez lui une vision internationale des médias et de la communication.
Des millions de vues, mais une histoire qui dépasse les chiffres

Sur TikTok, plusieurs de ses publications ont franchi le cap du million de vues.
L’une des vidéos qui a particulièrement marqué son parcours est celle consacrée à Keyne Lamine Yamal, frère cadet du footballeur Lamine Yamal. La publication a dépassé les 2,2 millions de likes et approché les 14 millions de vues.
Une autre vidéo est allée encore plus loin, dépassant les 16 millions de vues.
Pour John Kerry, ces chiffres représentent davantage qu’une performance numérique. Ils constituent la preuve qu’un contenu produit depuis un téléphone peut traverser les frontières et atteindre une audience composée de personnes issues de plusieurs pays et de différentes cultures.
Mais derrière les millions de vues se trouve une réalité plus complexe : la visibilité numérique ne s’est pas automatiquement transformée en revenus.
Depuis 2018, le créateur explique avoir consacré beaucoup de temps aux réseaux sociaux sans parvenir encore à générer les revenus qu’il espérait. Cette expérience l’a conduit à revoir sa manière de penser son activité.
Aujourd’hui, il ne veut plus seulement accumuler des vues. Il souhaite construire une structure durable autour de son travail.
Recommencer après chaque perte
L’un des aspects les plus marquants de son parcours reste le nombre de fois où il a dû repartir de zéro.
John Kerry affirme avoir perdu plus de cinq pages sur TikTok, ainsi que deux pages ou chaînes sur YouTube et trois pages sur Facebook.
À chaque disparition de compte, il fallait reconstruire une audience, retrouver une visibilité et reprendre un travail qui avait déjà demandé des années d’investissement.
Pour un créateur numérique, perdre une plateforme sur laquelle une communauté a été construite peut représenter une rupture importante. Pour John Kerry, ces expériences ont surtout renforcé une conviction : un compte peut disparaître, mais pas les connaissances acquises.
« J’ai dû recommencer plusieurs fois, mais je n’ai jamais eu peur de continuer », résume-t-il.
Cette phrase pourrait presque servir de fil conducteur à son parcours.
Du contenu viral aux médias sportifs
Son développement numérique commence également à lui ouvrir des portes dans le domaine du sport.
En 2026, il sollicite notamment une accréditation pour le match Brésil–Égypte, une demande qui n’aboutit pas. Quelques mois plus tard, il obtient en revanche l’accès à deux rencontres amicales de l’Argentine.
Il assiste notamment au match Argentine–Honduras au Texas, où il participe à la conférence de presse et pose des questions aux entraîneurs.
Il échange également avec certains joueurs honduriens autour de leur élimination dans le groupe dans lequel Haïti avait obtenu sa qualification pour la Coupe du monde.
John Kerry aurait également souhaité poser une question à Lionel Messi, mais cette possibilité ne s’est finalement pas présentée.
Ces expériences illustrent néanmoins une évolution dans son parcours : ses activités sur les plateformes numériques commencent à se prolonger vers le journalisme sportif et les événements internationaux.
Construire une identité au-delà de TikTok
Aujourd’hui, John Kerry veut aller plus loin que la logique d’une seule application.
Sa présence sur plusieurs réseaux répond à cette volonté de ne pas dépendre entièrement d’une plateforme. TikTok reste important dans son parcours, mais son projet s’inscrit désormais dans une vision plus large du métier de créateur et de blogueur.
Il souhaite développer une véritable marque médiatique internationale, capable de produire du contenu sur plusieurs supports et de conserver son identité même lorsque les tendances ou les plateformes évoluent.
Cette ambition s’accompagne d’un autre objectif : utiliser cette visibilité pour donner de la place à d’autres personnes.
Sport, actualité, divertissement, histoires personnelles ou sujets de société : son contenu cherche progressivement à élargir son champ d’intervention.
Il envisage également des directs consacrés à des questions telles que l’inspiration, la pauvreté, le manque d’objectifs ou encore la nécessité de retrouver de l’espoir et des perspectives.
« Continue »
Lorsqu’on lui demande ce qu’il dirait au John Kerry qui publiait ses premières vidéos en 2018, sa réponse tient en quelques mots :
« Continue. Tu ne sais pas encore où cette décision va t’emmener. »
Huit ans après ses débuts, le créateur porte encore les traces des difficultés rencontrées sur son chemin : départ du Chili, changement de pays, reconstruction personnelle, pertes de comptes et absence des résultats financiers espérés.
Mais il considère également que chacune de ces étapes lui a permis d’acquérir de l’expérience.
Son objectif n’est donc plus uniquement de devenir viral. Il veut transformer les années passées sur Internet en une activité médiatique structurée, durable et indépendante.
Une ambition qui dépasse les frontières

Entre les études, les médias et la création de contenu, John Kerry poursuit aujourd’hui un parcours construit sur plusieurs univers.
Son histoire est celle d’un créateur qui a commencé en 2018 sans savoir jusqu’où ses publications pourraient le conduire et qui, plusieurs années plus tard, cherche encore à transformer cette présence numérique en véritable projet professionnel.
Il ne prétend pas avoir atteint tous les objectifs qu’il s’était fixés. Il reconnaît notamment ne pas avoir encore obtenu les résultats financiers espérés après plusieurs années de travail.
Mais son ambition reste intacte.
À terme, il souhaite construire une plateforme capable de survivre aux changements d’algorithmes et aux évolutions des réseaux sociaux, tout en donnant de la visibilité à d’autres talents.
Plus qu’une succession de vidéos virales, John Kerry veut laisser derrière lui une œuvre numérique durable.
Et s’il devait résumer son parcours en une seule idée, elle serait peut-être celle-ci : recommencer n’est pas revenir au point de départ. C’est repartir avec l’expérience de tout ce que l’on a déjà traversé.

Fondatè & Redaktè Tapiwouj Magazine
